mercredi 25 février 2015

Des utopies bâtisseuses aux confrontations refondatrices



LOUVAIN-LA-NEUVE A 40 ANS.
DES UTOPIES BÂTISSEUSES AUX CONFRONTATIONS REFONDATRICES

Le rêve de Louvain-la-Neuve n’est pas seulement la fin d’une nuit de cauchemar hantée de « Walen buiten ». En 1968 les universitaires francophones sont poussés dehors mais ils font de cet exil un exode.
Finalement la volonté flamande d’en finir avec l’enseignement d’expression française dans sa région est l’occasion pour exiger de l’État un financement adéquat. Le plateau de Lauzelle sur Ottignies est choisi. L’UCL y a depuis longtemps réservé un terrain pour un centre de physique nucléaire. Et pour ne pas vivre sur un campus isolé dans la campagne, une ville est conçue : Louvain-la-Neuve.
La réaction des gens du coin n’est pas trop affable. L’expropriation de terrains agricoles et de quelques maisons n’est pas appréciée. Et lorsque les expulsés de Leuven viennent annoncer « buiten » aux habitants du quartier de la Baraque, beaucoup d’étudiants ne comprennent pas pourquoi une université « à la rencontre d’une région » commence par évacuer la population locale. En arrivant dans ce quartier ancien, des étudiants incitent ceux qui n’ont pas revendu leur maison à rester avec eux. La Baraque devint le symbole de l’expérimentation sur l’habitat et de la recherche d’alternatives. Le contact avec les autres localisations d’Ottignies restera difficile.
L’UCL ne vit pas sans controverse. Fin 1970, une longue grève en faveur de l’accueil des étudiants étrangers a interrompu les cours et stimulé la réflexion interdisciplinaire. On découvre plus tard un « rapport confidentiel » envoyé aux évêques par Mgr Massaux, recteur, et par Mgr De Vroede, vice-recteur. Ils dénoncent toutes sortes de dérives dans l’UCL. Pour Louvain-la-Neuve ils promettent la présence d’éducateurs discrets et efficaces pour assurer un contrôle plus étroit.
Le quartier Biéreau
La ville ne descend pas du ciel. Elle matérialise des espoirs divers de construction d’une nouvelle société.
En quelques années une remarquable équipe UCL réussit un pari qui transforme le territoire au sud de Bruxelles. La première rentrée est organisée dans le quartier Biéreau, aux pieds d’une bibliothèque qui est appelée à devenir musée en 2015.
Les usagers prennent possession du site. Des logements étudiants au milieu desquels s’aventurent quelques familles. Le kit de survie pour deux ou trois ans : pharmacie, banques, café Mitcho, supérette, marchand de journaux, … Pas de boulangerie ni de boucherie.
En avant-garde : six maisons communautaires de service. Le Maphys, cercle de la Faculté des Sciences représentant les maths-physiques, le CI pour les ingénieurs, le CSE Centre Sportif Étudiant, le CRU (Centre Religieux), le Centre Galilée, le CIEE, Cercle International des Étudiants Étrangers (son petit café à Leuven était connu dans le monde entier). Des étudiants sont logés aussi en appartements de moins de 10 personnes avec living, cuisine et sanitaires communs. Plusieurs de ces appartements se sont donné un projet socioculturel. On les étiquetait appartements communautaires, ce sont les ancêtres des KAPs, les kots-à-projet d’aujourd’hui.
C’est bien l’originalité de la culture d’habitat qui s’est déployée autour de l’UCL. Une liaison forte entre l’action culturelle et l’habitat en commun. Pas simplement dans un but économique ou affectif, comme beaucoup de cohabitations actuelles, mais des projets de société : promouvoir la place de la femme, informer sur les pays du Sud, assister un handicap…
Quelques fois par an cette culture s’exprime par des stands et des animations sur la Grand-Place et le reste de la cité. L’exemple des Kots-à-Projet » est repris maintenant dans plusieurs pays. Il en existe à Paris du côté de « la Chapelle », projet KAPS « Koloc’ A Projets Solidaires », liés au développement local.
Louvain-la-Neuve n’est pas une ville étudiante. Dès les premiers moments d’autres habitants s’installent. Dans un premier temps habiter à Louvain-la-Neuve est réservé à ceux qui étaient au service de l’UCL, directement ou via l’animation. On parle de loi cadenas, levée plus tard.
Mais c’est à la Ferme du Biéreau que le cœur de Louvain-la-Neuve commence à battre dès le mois d’aout 1972. D’abord dans un camp international où se retrouvent aussi des habitants en train de s’installer. Et surtout à travers ce souci permanent de la liaison entre l’animation culturelle et l’habitat grâce à l’asbl Corps-et-Logis, héritière des « alternatives » du début des années 70. UCL et Ville ont repris la marque Ferme du Biéreau pour des activités culturelles variées. Ce qui se passe maintenant autour de l’espace fermier et dans le quartier de La Baraque montrent que, malgré de longues tensions, est réussie la coexistence de conceptions différentes du vivre ensemble.
Du Conseil des résidents à l’Association des Habitants
À l’automne 1971, des acteurs du secteur socioculturel venus visiter ensemble le site de Louvain-la-Neuve prennent soudain conscience de ce qu’une ville se construit avec une gestion efficace mais unique. Pour beaucoup des futurs usagers de la ville, l’UCL est à la fois propriétaire, employeur, rédacteur de règlements, intermédiaire avec les instances publiques… Deux futurs habitants suscitent un conseil des résidents qui demande à rencontrer régulièrement les maîtres d’œuvre de la ville nouvelle.
La composition du Conseil reste fort ouverte et variable pendant plusieurs mois afin d’incorporer progressivement tous ceux qui deviennent les utilisateurs de la ville. Ceux qui vont y étudier, y travailler, y loger, y fournir des services, développer des commerces, lancer des entreprises… On ne veut pas se limiter aux habitants ni aux membres de l’UCL. Faute d’autre mot on parle alors de « résidents ». Le sociologue Jean Remy préconise toujours le nom d’« usagers » pour évoquer cette diversité.
Ces rencontres sont en tout cas le lieu d’un large échange d’informations. Les représentants de l’UCL jouent la transparence mais ils annoncent essentiellement ce qui est déjà décidé et dans lequel il sera difficile d’introduire des modifications fondamentales.
On relisant les comptes rendus du Conseil des Résidents et de son journal Labule de 1972 à 1977, on ne voit guère de vraiment significatif que l’action des crèches. Pour celles-ci, face au projet UCL qualifié de « crèche mammouth » de près de 150 enfants, les parents réussissent à imposer des lieux plus réduits et dispersés dans les quartiers. Le Conseil soutient aussi efficacement la mixité étudiantes-étudiants dans les logements de l’UCL. Mais les marges de manœuvre sont limitées. Afin d’assurer le financement de la construction, personne ne veut donner aux Belges contributeurs l’image d’une communauté faible. Il faut « absolument » compléter la dalle de recouvrement du centre-ville et donc accepter un grand centre commercial, des logements de plus grand confort… Pour assurer des communications fiables il faut une gare RER et de grands parkings. Les habitants et autres usagers peuvent donner leur avis dans les processus mais essentiellement pour éviter des inconvénients.
Après quelques années, le Conseil des Résidents se transforme en Association des Habitants. La première année de Louvain-la-Neuve, dans le quartier Biéreau-Galilée, étudiants et habitants adultes partagent souvent des enjeux communs. Au fil du temps la cohabitation devient de plus en plus difficile. Trois types de causes, les trois B : bruit, bitures, baptêmes dont beaucoup supportent mal les rituels. Conflits aussi entre étudiants et autorités communales particulièrement sur l’heure de fermeture des débits de boissons. Il y a aussi les maisons unifamiliales, louées par plusieurs étudiants, causant une hausse des prix.
Une ville jeune depuis 40 ans
De la jeune ville on disait : la ville sans cimetières, la ville sans vieillards. Au début de LLN, deux personnes de plus de 60 ans. Aujourd’hui de plus en plus de gens vendent leur villa pour acheter un appartement à Louvain-la-Neuve. Certaines cherchent des formules originales comme la cohabitation- kangourou : personne âgée et habitant jeune assurant une présence. Intergénérationnel est le mot à la mode. Le système des emphytéoses n’a pas permis d’éviter la spéculation et c’est à une refonte juridique de la propriété immobilière que l’on pense. Au temps des familles décomposées et recomposées, des veuvages de longue durée, de la mobilité internationale des jeunes diplômés, ...
La cité elle aussi avait pris un coup de vieux. La Place des Sciences retrouve aujourd’hui sa jeunesse. Pour remplacer les poutres pourries on lui taille un costume pur chêne du pays. Le musée va s’habiller en seconde main de la cape de la bibliothèque. L’art mural couvre de couleurs ce que les urbanistes avaient imaginé rouge brique et gris béton.
Certains disent que le rôle historique de l’UCL comme bâtisseuse de ville est terminé. N’est-il pas venu le temps de la refondation ? L’utopie fondamentale du quartier Sciences était de créer une alliance nouvelle entre les technosciences et la vie de tous les jours. Cela reste un enjeu essentiel.
Tout au long de ces 40 ans, autour de la Place Galilée ou ailleurs dans la ville, se sont développées des activités de culture scientifique. Dès 1974 l’animation urbaine Énergie sur la Place, les rencontres chercheurs habitants. Les innovations autour de l’écologie scientifique, de la bioéthique, de l’informatique ont fait l’objet de réflexions critiques, de partages de documents, de formations. La part prises par des pionniers de la ville dans le GIEC, dans la Maison du Développement Durable, … est notable.
Mais les engagements des jeunes dans les études scientifiques et la carrière de recherche restent faibles. La Faculté des Sciences a lancé le projet « Science infuse » dans l’espoir d’attirer davantage de vocations. Le temps est venu de faire le point sur la science dans la ville. De nouvelles formes de partage des savoirs se déploient : savoirs coopératifs, sciences citoyennes, … Des réflexions autour des tiers-lieux proches des bâtiments culturels, des territoires apprenants.
Dans la ville de 2012, comment revisiter les utopies pionnières ?

samedi 14 février 2015

Louvances

Ce 15 février 2015, j'ai 76 ans, j'entre dans ma 77e année ! Merci à tous ceux qui m'ont envoyé un petit mot. 

Tant de projets encore en tête. En 1955, il y a 60 ans, le 15 novembre, jour de congé scolaire pour fêter la Dynastie, je prenais contact avec l'UCL à Leuven lors d'une visite de rhéto. En octobre 1956 je commençais mes études de biologie (et autres) jusqu'à un doctorat en 1970. Depuis 1955-1956 j'existe et j'agis dans le milieu de vie de l'enseignement supérieur à l'UCL et ailleurs. 

LLN je suis venu l'habiter progressivement (la maison du CRU n'était pas terminée) entre aout et octobre 1972 lorsque nous avons accueilli le flot des étudiants. Depuis 1972 j'ai toujours travaillé, souvent comme bénévole, dans la ville nouvelle.
Ma chance c'est de pouvoir relater 60 ans dans le milieu de vie universitaire à des époques historiques.

"Louvances" c'est mon blog pour toute cette période de vie. Je veux le partager avec tous ceux qui peuvent proposer anecdotes, archives, photos, tracts, journaux... Je les scannerai et/ou je les préparerai pour des archives plus officielles.
Pourquoi Louvances ? Parce que mon attachement est égal pour Louvain-la-Neuve et Leuven. Une de mes arrière-arrière-grands-mères était cabaretière à Leuven vers 1850 (elle a eu 3 enfants hors mariage et ensuite mon aïeule dans un court mariage). Parce qu'avant d'être Wallon et Belge, je suis avant tout Brabançon. Louvances rime avec Brabances.

Mes projets pour mes prochains mois?

Un. L'Association des Habitants, que j'ai "initiée" avec Manu Lousberg à l'automne 1971, sous le nom de Conseil des Résidents. J'ai accepté d'y reprendre du service pour deux ans. Au sein d'un dynamique Conseil d'Administration, je suis chargé d'une "mission d'ouverture" vers les catégories d'usagers de la ville qui n'ont pas vraiment toute leur place parmi les membres et dans les instances, mais ouverture aussi vers les groupes qui n'ont pas encore développé des relations fortes avec les "habitants", résidents permanents et autres usagers.
Je suis chargé aussi du projet de jumelage de Leuven avec Ottignies-Louvain-la-Neuve. Les autres parties sont les pouvoirs communaux et l'UCL représentée par Philippe Van Parijs.

Deux. Finir mon livre "Louvain-la-Neuve au temps des pionniers". Je veux terminerau printemps 2016. Les festivités UCL et KUL autour des 500 ans de la parution de l'Utopie de Thomas More chez un imprimeur de Leuven m'offrent une occasion unique. Je suis en train de réécrire mon livre en consacrant de nombreux chapitres à "Nos utopies réalisables des années 70". 

Si la maison d'édition qui m'a demandé de publier mon livre chez elle le veut bien, je voudrais faire paraitre sans trop de délai un livre papier très court, pas cher, sans photos, avec quelques dessins d'époque... mais qui donnera la clé de compréhension de centaines de documents sur Internet. Scannage des premiers journaux de LLN (La Bulle, ...), d'affiches, de tracts, de documents confidentiels. 

Si j'essaie de décrire les utopies partagées par les premiers habitants de LLN, j'essaierai d'en découvrir les origines, et de voir comment aujourd'hui elles continuent à vivre. Un chapitre important sera consacrée à l'utopie du "vivre ensemble pour agir ensemble". Je narrerai l'histoire des Kots-à-projet et de ses ancêtres les maisons communautaires à Leuven depuis 1955. Avec un mot sur les KAPs à LLN, en France et dans d'autres lieux.

Si vous voulez être mis au courant des développements du travail, prodiguer des conseils, relire des chapitres sur des thèmes que vous connaissez, envoyez-moi un mot sur paulthielen@gmail.com 
L'adresse de ce blog :  http://louvances.blogspot.be/
Mon blog personnel d'accueil http://paulthielenlouvainlaneuve.blogspot.be
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